L'enfance et le métier d'élève PDF Imprimer Email
Écrit par Amandine   
Mardi, 11 Mars 2008 21:27

Qu’est-ce qu’un enfant ? Comment devient-il élève ?

 

 

A l’école maternelle, l’apprentissage du métier d’élève passe par trois éléments :

- rituels (« Vivre ensemble »)

- langage oral

- organisation de la classe (alternance moments « libres », ateliers et classe entière).

 

            Pour que l’enfant de maternelle soit dans l’apprentissage, il faut que ces trois éléments soient présents.

 

Exemple : progression sur le thème de la chenille dans le prolongement d’un album, ateliers de découverte :

-         motricité : imiter une chenille

-         peinture, pastilles, pâte à modeler.

 

Les enfants n’étaient pas en situation d’apprendre car il manquait la verbalisation par l’enseignant, l’accompagnement des enfants dans la tâche par le langage, le lien avec l’album et la séance d’E.P.S., la finalisation des tâches.

 

(Cf. site du rectorat : annales 2006, sujets de l’oral professionnel, code J4 (bloc), J4-2.)

 

 

Première partie

 

I.                   L’enfant de 0 à 3 mois

 

L’enfant construit une conscience pendant la grossesse à travers des perceptions visuelles, sonores, des éprouvés (de plaisir ou de déplaisir), d’abord sans lien, puis qui s’organisent.

 

Après la naissance, les éprouvés de l’enfant sont liés à l’objet qui les provoque, ex. le sein de la mère pendant la tétée. Si la mère est déprimée, le nourrisson le ressent et plus tard, il retrouvera un réconfort dans les sentiments de tristesse, car il les aura associés à sa mère.

 

Du côté de l’adulte s’installe un sentiment d’empathie dû à l’absence de langage du bébé : on doit deviner ce qu’il ressent.

En même temps, la notion d’imaginaire familial se met en place : l’enfant est idéalisé par sa famille. Il appartient déjà à une culture et un groupe social déterminés. Pour accéder à l’autonomie psychique, l’enfant devra être en décalage avec cet enfant idéal, mais pas en totale opposition.

 

Il y a un décalage entre les connaissances perceptives du nourrisson (ex. : la voix de sa mère, son odeur, la forme et la taille des objets) et son immaturité neuromotrice. Le bébé a un très grand besoin d’affection pour se développer : la fréquence et la permanence des attentions de l’adulte permet sa construction physique et psychique. (Cf. : l’enfant sauvage).


 

II.                De 3 à 6 mois

 

L’enfant peut sourire et imiter les mimiques. Il devient capable d’y répondre entre 5 et 8 mois. Il réagit différemment aux adultes qui interagissent avec lui, ce qui veut dire qu’il fait déjà la différence entre sa mère et les autres, d’où l’angoisse de la séparation qui perdure en maternelle.

 

III.             De 6 mois à 2 ans

 

Marche entre 10 et 16 mois.

A 5-7 mois, le bébé commence à parler : il repère et catégorise les voyelles de sa langue maternelle.

 

v     Vers 12-16 mois, il comprend des phrases simples et commence à dire « non » : cela coïncide avec la période où il apprend à marcher, où il devient autonome, donc on lui dit « non », d’où l’imitation. La prise de conscience de la valeur du « non » et de ses enjeux affectifs s’accompagne de celle d’une prise de risques : l’enfant a peur, en même temps, de perdre l’affection de celui à qui il dit « non ».

 

v     La deuxième prise de pouvoir à cet âge est la propreté : la maîtrise du sphincter.

 

v     Wallon : développement de la conscience du « moi ».

Phase du « miroir » : l’enfant parvient à voir son corps de manière unifiée.

 

C’est René Zazzo qui a dégagé 4 étapes dans la construction de la conscience du « moi » :

-         6 mois : identifie l’autre dans le miroir

-         TPS (environ 2 ans) : reconnaît un enfant dans le miroir, mais ne sait pas que c’est lui-même. Il a envie d’interagir avec cet enfant.

-         Malaise à l’égard de son reflet.

-         PS (environ 2 ans et demi) : se reconnaît dans le miroir.

 

Le psychanalyste Jacques Lacan reprend la théorie de Wallon : le reflet est une image structurante pour l’enfant car il se voit de façon unifiée (il voit aussi son visage…) mais l’image est pour lui comme virtuelle.

 

            La phase du miroir est un modèle explicatif de son identité : il s’agit d’une RE-connaissance de soi, le nœud entre corps réel, l’image idéale forgée par les parents et le sujet parlant.

 

            Le médecin et psychiatre américain Winnicott évoque l’existence d’un « moi transitionnel » : le « doudou », dont l’odeur est très importante (il ne faut surtout pas le laver…) et qui permet de mieux gérer la séparation d’avec la mère.

 

v     Etape du jeu symbolique (précédée de celle du jeu d’apparition / disparition).


 

IV.              De 2 à 7 ans

 

Le lien très fort entre l’enfant et sa mère nécessite une triangulation, notamment avec le personnage du père, pour lui permettre de se détacher d’elle, de s’identifier comme différent. Il prend conscience qu’il n’est pas tout à la fois : il est soit un garçon, soit une fille, et un individu différent de ses parents ; il doit accepter qu’il ne peut posséder le parent de l’autre sexe (résolution du complexe d’Œdipe).

 

V.                 7-12 ans

 

Période de latence (cf. Freud), de sublimation des pulsions (plus de conflit avec le parent, on « prend sa place » ou tout au moins une place sans souffrance).

 

 

Deuxième partie

 

*      L’évolution du statut de l’enfant

 

Depuis le début du XXe siècle, l’enfant et ses apprentissages sont devenus des objets d’étude. En 1989, la Convention internationale des droits de l’enfant le considère comme une personne à part entière, un sujet de droit.

Aujourd’hui, il est au centre de la société de consommation : publicités rien que pour lui, menus, tarifs réduits...

 

*     La notion de parentalité

 

Elle est elle-même est remise en question, avec parfois un problème de confusion entre les rôles paternel et maternel. Laurence Gabarini a écrit un livre sur le sujet : l’enfant objet d’amour.

D’après Laurène Théry (anthropologue), le monde adulte génère beaucoup d’incertitudes et peu de sécurité, d’où le fait que l’on s’accroche à une certitude : celle d’aimer son enfant même en cas de divorce, lien qui dans l’inconscient de l’adulte doit perdurer et être placé au-dessus de tout.

 

*      Phénomène du « bâton de vieillesse »

 

*      Le projet parental

 

Donner la vie est aujourd’hui un projet à part entière car grâce à la contraception, on maîtrise la conception. On veut l’enfant à venir porteur d’une réussite qui fait honneur aux parents, d’où la pression exercée sur l’école maternelle qui est là pour assurer la réussite de l’enfant à son entrée en élémentaire. On peut évoquer un fameux slogan tiré d’un livre de 1972 : Tout se joue avant six ans.

 

[Parenthèse sur l’école maternelle : l’économiste Eric Morin se penche sur le problème de la paupérisation de la société et d’inégalités sociales qui s’aggravent. Il considère que si l’école maternelle n’existait pas, l’échec serait plus massif encore.

Jean Hébrard est favorable à la scolarisation dès 2 ans.]

 

[Parenthèse sur la difficulté scolaire : la prise en charge en Finlande est plus ciblée et n’est pas différée, ce qui explique son efficacité.]

 

*      L’enfant n’est pas un adulte en modèle réduit mais un adulte en devenir

 

La sociologue Françoise de Silgly décrit dans Sociologie de la famille contemporaine, un enfant dépendant de sa famille mais respectable au même titre que tout être humain. Mais il y a aujourd’hui une confusion entre l’intention d’en faire une personne et celle d’en faire un adulte. Les châtiments corporels sont en contradiction avec cette vision de l’enfant, notamment aux Etats-Unis où le droit à la fessée a été rétabli.

 

*      L’évolution du concept d’autorité

 

De la fin du XIXe siècle aux années 1970, on a considéré que l’enfant devait obéir, que l’autorité lui permettait d’accéder à la raison, d’intérioriser les règles de vie de la société.

 

Cette considération a évolué, notamment à l’école. Il ne s’agit plus simplement de transmettre, mais de créer les conditions pour que l’enfant découvre : « deviens ce que tu es ». Pour les parents, considérer l’enfant comme un petit est le figer, l’empêcher de devenir lui-même. Aujourd’hui, on tend à prendre le manque de dialogue pour un apprentissage de l’autonomie, mais la communication entre les générations est vécue comme une chose magnifique, par opposition au « chacun sa place ».

Mais attention à ne pas abandonner toute forme d’autorité. D’après le pédiatre Aldo Naouri, on ne doit pas se justifier auprès d’un enfant quand on lui demande de faire quelque chose, car on lui permet de devenir juge. L’autorité de l’adulte sur l’enfant ne doit pas laisser de place à la négociation.

Un sociologue en arrive à la même conclusion : à tout négocier, on en arrive à une confusion des rôles du père et de la mère et donc à une absence de cadre, autrefois imposé par le père.

 

La loi du 4 mars 2002 confère une autorité parentale égale à la mère et au père, et précise que les enfants doivent être associés aux décisions les concernant (en fonction bien sûr de leur âge et de leur degré de maturité) : même sur le plan juridique, l’enfant a donc une place centrale.

 

*      Des êtres influençables dont la personnalité est en construction

 

Boris Cyrulnik (éthologue, psychanalyste, psychologue, neuropsychiatre et écrivain français) : vers 4 ans, l’enfant doit deviner ce qui se passe dans l’univers mental des autres, et vers 7 ans, il commence à construire et structurer le temps, suffisamment pour écrire un récit. C’est donc à cet âge qu’il peut accéder à la culture et aux croyances, qui façonnent sa vision du monde. Il est très sensible à son environnement.

Ex. : un enfant qui a été élevé à la montagne va percevoir plus vite que les autres les lignes verticales, tandis qu’un enfant qui a été élevé au bord de la mer percevra mieux les lignes horizontales.

La construction des savoirs, chez l’enfant comme chez l’adulte, n’est pas linéaire ou en strates, elle est en ellipse.

Le jeu permet quant à lui d’apporter des compensations magiques au réel.

 

C’est une pulsion génétique qui fait aller l’enfant vers l’autre, mais c’est la réponse de cet autre qui va déterminer son développement. Les enfants en retard de développement sont des enfants autocentrés, qui se replient sur eux-mêmes. Ils sont très peu empathiques et semblent « durs » (d’où des dérives comme la prévention de la délinquance avant 3 ans…). Mais s’ils rencontrent une figure d’attachement, ces enfants vont alors reprendre leur développement, leur rapport au monde va reprendre, ils vont pouvoir s’exprimer et s’ouvrir à nouveau à la vie.

 

 

[Parenthèse enseignant :

Si un enfant enfreint une règle de vie, l’adulte doit le sanctionner immédiatement. Puis, dans un deuxième temps, il explique et rappelle les règles. Le tout est d’être juste avec tous les élèves et ne montrer aucun affect, ni colère, ni agacement. Ce qui fait un bon enseignant, c’est une attitude de neutralité bienveillante.]

 
 

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